YS I.4 - vrtti sarupyam itaratra

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Pinman
20 octobre 2021

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Au sommaire de l’article

  1. Traduction proposée
  2. En translittération on écrit
  3. Signification de « vrtti »
  4. Signification de « sarupyam
  5. Signification de « itaratra »
  6. Etude du sutra
Temps de lecture : 5 minutes

Traduction proposée

« Dans le cas contraire – celui de non yoga – aucune présence à soi-même ne s’établit. Seules les fluctuations et les perturbations du mental règnent, apportant extrapolations, subjectivités et erreurs. Le faux se mêle au vrai, et la compréhension du monde n’est qu’un résultat issu de présuppositions théoriques ou expérimentales, et d’hypothèses »

En translittération on écrit

« vṛttisārūpyam – itaratra »

Extrapolation
1 – Déduction, généralisation à partir de données partielles.
2 – Fait de prolonger des évènements observés par une hypothèse allant dans le même sens.
3 – Estimation …/… en dehors des données connues.

Subjectivité
1 – Qualité de ce qui ne donne pas une représentation fidèle de la chose observée.
2 – Qui témoigne d’un manque d’objectivité, fait d’être partial.

Présupposition
1 – Supposition préalable.
2 – Relation de déduction entre le symptôme et la cause, entre le résultat de l’action, les motivations de l’action, et l’action elle-même.

Hypothèse
1 – Proposition visant à fournir une explication vraisemblable d’un ensemble de faits, et qui doit être soumise au contrôle de l’expérience ou vérifiée dans ses conséquences.
2 – Supposition portant sur l’explication de faits passés ou présents, ou sur la possibilité de survenue d’événements futurs.

Larousse / L’internaute / Yogapage

Signification de « vrtti »

vṛtti (en translittération) : littéralement « tourbillon » – Terme technique du yoga destiné à indiquer que le contenu de la conscience mentale (qui est une conscience simulée, déduite, proche d’une notion de croyance mentale) est une perturbation de la véritable conscience – Tendances, ou dispositions psycho-physiques qui permettent à l’esprit d’exprimer une variété de sentiments et d’émotions – Energie d’expression des habitudes d’un individu qui façonne son caractère (désirs, répulsions, prédispositions, complexes, etc.) – Mode de fonctionnement, activité, fluctuation, agitation, perturbation, du mental (citta). La distraction en est un exemple.

WikiPedia : Hindouisme DDSA : Le dictionnaire pratique sanskrit-anglais

La traduction littéraire de vṛtti par le mot « tourbillon » est une belle image : c’est une ‘énergie’ qui anime le mental dans tous les sens, rendant les pensées difficiles à canaliser et éloignant le ‘penseur’ de la vérité. En effet, le chemin qui y mène est plus long puisque tourbillonnant, et de surcroît il oriente la réflexion intellectuelle dans un comportement qui le caractérise (un tournoiement puissant) ou pire, l’annihile, la paralyse, apportant déstabilisation et turbulence mentales.

A la sortie de l’un de ces fameux toboggans aquatiques infernaux, alliant vitesse et virages soudains, il m’a fallut un moment pour reprendre mes esprits, comme si je sortais d’un espace temps dans lequel j’étais moins présent ! Pourtant, lors de la descente, c’est bien moi qui suis assis sur le tapis glissant, avec mes automatismes de protection corporelle, mon imagination qui m’informe que je vais certainement passer un mauvais moment, mes émotions en émoi, etc. C’est moi, et en même temps ce n’est pas moi. Je suis happé dans l’action du moment, ce qui vient physiquement et intellectuellement se fait sans (besoin de) réfléchir et je constate, au final, n’avoir rien maîtrisé du tout, même pas avoir profité du moment présent ! Dans un mode ‘pilotage automatique’, j’ai fait ce que j’ai pu par réaction, habitude, protection, sans conscience aucune de ce qu’il se passait. Cela explique peut être pourquoi je suis arrivé sur le dos, la tête la première, et le tapis ensuite !
Allez, j’y retourne et cette fois-ci je vais auparavant respirer un bon coup pour tenter de me concentrer. Cela me permettra certainement d’utiliser les sens à meilleur escient, de contenir un peu mes émotions et d’anticiper les virages en écartant les bras pour garder l’équilibre. J’aurai peut-être plus de chance d’arriver en meilleure posture !

Ainsi donc, face à un même évènement, si cette tendance (vṛtti) est douce et maîtrisée, alors les pensées, les sentiments et les émotions seront doux. A l’inverse, si cette tendance est fortement agitée, alors les pensées, les sentiments et les émotions seront intenses (derrière les pensées il y a les actes). Vṛtti caractérise cela.

Vṛtti est longuement décrite dans le document consacré au YS I.2 – yogah citta vrtti nirodhah. Il est important de comprendre cette notion majeure du yoga :

YS I.2 – Signification de « Vrtti »
YS I.2 – Analyse de « Vrtti »

Signification de « sarupyam »

sārūpyam, dérivé de sārūpim (en translittération) : de morphologie, de forme ou d’état similaire – Identique.

DDSA: le dictionnaire sanskrit digital de Cologne

Par ce mot, Patañjali fait référence à vṛtti. Il informe qu’en l’absence de l’état de yoga, la compréhension de ce que l’on a du monde ressemble aux agitations du mental (vṛtti).

Signification de « itaratra »

itaratra (en translittération) : ailleurs – D’autre part, sinon.

DDSA: le dictionnaire sanskrit digital de Cologne

Rappelons que chacun des aphorismes des yoga sutra est composé de mots précis, sans verbe, dont l’alliance, l’union, donne au lecteur un enseignement à la fois étendu, absolu, profond et intemporel. Un pur jus concentré plein de saveurs qu’il est indispensable de diluer, de commenter, afin de le comprendre, de le percevoir au mieux.

Dans ce contexte, la répétition de mots est rendue à son strict minimum : il faut savoir lire entre les lignes.

Itaratra fait ici référence au sutra précédent, YS I.3 – tada drastuh svarupe avasthanam, qui donne la définition de ce qu’est l’état de yoga.

Par ce sutra YS I.4, objet de cet article, Patañjali donne donc la définition de l’état opposé à celui de yoga : l’état de non-yoga.

Etude du sutra

Après avoir défini le yoga et l’état de yoga, Patañjali apporte maintenant un éclairage sur ce qu’est l’état de ‘non-yoga’.

« vṛtti sārūpyam itaratra »

itaratra :

Dans le cas contraire de l’état de yoga

sārūpyam :

l’interprétation et la compréhension du monde sont similaires …

vṛtti :

… aux tourbillons du mental.

Les tourbillons du mental désignent la variété des sentiments et des émotions, l’expression des habitudes qui façonne le caractère, le bagage mental issu de l’expérience et de l’apprentissage : un logiciel cérébral façonné au cours de la vie, traitant des informations souvent non-exhaustives ou sélectives qui, dans son fonctionnement, n’est pas toujours approprié pour accueillir, comprendre, accepter les faits issus de l’environnement : ce fonctionnement mental non adéquat est nommé agitation ou perturbation mentale (vṛtti).

Ainsi donc, ce sont les agitations du mental qui règnent en maître, écartant l’individu de son principe de conscience.

/!\ Il est fondamental, pour la compréhension, de bien intégrer la notion du principe de conscience. L’article abordant le YS I.3 – tada drastuh svarupe avasthanam développe très en détail ce ‘concept’, cette ‘notion’. A lire et relire !

Exemple :

« Mon fils, arrivant une énième fois en retard et déposant son sac d’école au sol dans une tranquillité absolue, fit soudainement monter la colère. Je le grondai et le sommai de rejoindre immédiatement sa chambre sans dire un mot. Après un moment d’apaisement ayant permis à quelques émotions en moi de se calmer, je me souvins que son cours de mathématique avait été déplacé à ce jour. Il est vrai que, depuis quelque temps, Mathieu fait tout pour répondre gentiment à mes demandes. Ma journée à été tellement envahissante… Je m’en veux d’avoir été enfermée dans tous ces tracas et ces agitations mentales. J’étais pourtant persuadée qu’il se jouait encore une fois de moi.
Entrouvrant doucement la porte de sa chambre pour m’excuser, là, sur son lit, recroquevillé, il pleurait… »

« Dans le cas contraire – celui de non yoga – aucune présence à soi-même ne s’établit. Seules les fluctuations et les perturbations du mental règnent, apportant extrapolations, subjectivités et erreurs. Le faux se mêle au vrai, et la compréhension du monde n’est qu’un résultat issu de présuppositions théoriques ou expérimentales, et d’hypothèses »

C’est la définition de ce sutra.

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